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PORT-AU-PRINCE, 7 août - La stabilisation d’Haïti reste fragile quatre mois après la démission de l’ex-président Jean Bertrand Aristide sous la pression conjuguée des Etats-Unis, de la France et d’une révolte d’une partie de la population exaspérée des dérives violentes de son pouvoir.
Lors d’une conférence de donateurs lundi et mardi à Washington, au siège de la Banque Mondiale, le gouvernement intérimaire du Premier ministre Gérard Latortue se doit pourtant d’afficher un visage serein afin d’obtenir la confiance de la communauté internationale dans l’avenir du pays le plus pauvre des Amériques.
Au lendemain de la chute d’Aristide le 29 février, une force militaire intérimaire (Etats-Unis, France, Canada, Chili) a rapidement ramené le calme.
Depuis le 25 juin, une Mission des Nations unies de stabilisation en Haïti (MINUSTAH) a pris la relève et déploie peu à peu ses troupes dans le pays.
A terme, 6.700 soldats sous commandement brésilien, 1.622 policiers internationaux et 2.000 fonctionnaires civils doivent former cette Mission dont le mandat risque d’être de longue durée.
La Police nationale d’Haïti (PNH), très politisée sous le régime déchu et qui s’était effondrée lors de sa chute progressive en début d’année, reprend peu à peu le contrôle du pays après une importante épuration.
Avec de faibles moyens, elle lutte, souvent avec succès, contre une insécurité chronique et des enlèvements contre rançon, un fléau qui touche désormais les classes moyennes supérieures et incite beaucoup d’Haïtiens à émigrer.
Face aux difficultés du désarmement - seules 200 armes souvent obsolètes ont été récupérées -, la police a annoncé qu’elle reprendrait à partir du 15 septembre toutes les armes illégales, qu’elles soient détenues par les ex-militaires insurgés du début de l’année ou par des partisans de l’ex-président.
Sur le plan économique, le pays demeure en situation extrêmement difficile avec un revenu quotidien par habitant inférieur à un dollar.
Sous la houlette d’un tandem modéré - un président provisoire, Boniface Alexandre, et Gérard Latortue -, le pays a rompu spectaculairement avec des décennies de corruption.
Le Premier ministre a notamment rendu public le montant de ses avoirs financiers et a su éviter, après le départ d’Aristide, les vengeances sanglantes et traditionnelles chasses aux sorcières ayant marqué les précédentes chutes de régimes à tendance despotique en Haïti.
L’assertion de "milliers" de victimes évoquées parmi les partisans de l’ex-président fait sourire dans les chancelleries et n’a jamais reçu un semblant de preuve.
Lors d’une mission d’information de cinq ministres des Affaires étrangères de la Caricom (Communauté des Caraïbes) le 13 juillet à Port-au-Prince, un membre de la délégation a indiqué à l’AFP que le parti Lavalas d’Aristide avait dénoncé la mort par étouffement de dizaines de ses partisans au Cap-Haïtien (nord), enfermés dans des conteneurs par d’ex-militaires insurgés.
Cette accusation n’a été confirmée ni par la Croix-Rouge, ni par les organisations de défense des droits de l’Homme. Des témoignages d’exécutions sommaires de membres du parti Lavalas, dont les corps ont été notamment aperçus dans la mer par des soldats français, ont en revanche été jugés crédibles.
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