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AFP --- Le nouveau Premier ministre haïtien Gérard Latortue a été accueilli samedi par des milliers de personnes aux Gonaïves (nord-ouest), fief des anciens rebelles, qui ont lui remis symboliquement quelques armes en signe de reconnaissance de son autorité.
"Merci pour votre courage", a-t-il lancé à la foule agglutinée sous un soleil de plomb au pied de l’estrade où il était monté, sur la place d’Armes de la ville.
"J’ai de l’argent pour reconstruire au moins cent maisons, pour installer l’eau potable et réhabiliter le tronçon de route entre Saint-Marc et Gonaïves", a-t-il ajouté. Derrière lui, une fresque murale représente les héros de l’indépendance haïtienne Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines.
"Aristide, il faut qu’il soit jugé", hurle la foule à propos du président déchu Jean Bertrand Aristide. "Arrêtez Neptune", crie-t-elle au sujet de l’ancien Premier ministre.
M. Latortue est arrivé de la capitale Port-au-Prince à bord d’un hélicoptère américain de la force multinationale déployée en Haïti depuis début mars. Il devait passer quelques heures dans sa ville natale, sa première visite en dehors de la capitale depuis qu’il a été nommé Premier ministre.
Il était accompagné du ministre de l’Intérieur Hérard Abraham et du ministre de la Justice Bernard Gousse. Le chef des anciens rebelles, Guy Philippe, était également présent, accompagné du responsable politique du mouvement Winter Etienne et d’un chef aux Gonaïves, Butteur Métayer.
"C’est un homme capable, sérieux", estime Maxime Jean, un étudiant de 21 ans venu écouter Gérard Latortue. "Aristide a pénalisé le peuple", ajoute-t-il.
Les anciens rebelles ont ensuite remis symboliquement au Premier ministre quelques armes enveloppées dans un drapeau haïtien, alors qu’il déjeunait dans un restaurant de la ville, "Chez Frantz".
"La sécurité du pays revient au Premier ministre et à la police nationale", a déclaré à l’AFP Guy Philippe. Dans le restaurant en face, ses hommes équipés d’armes automatiques l’attendent. Selon M. Philippe, les anciens rebelles vont continuer à assurer la sécurité aux Gonaïves tant que la police n’y sera pas revenue.
"Je tenais à venir aux Gonaïves qui s’est éloigné du gouvernement central", a déclaré à l’AFP M. Latortue. "Nous allons rétablir l’autorité de la police ici", a-t-il ajouté.
140 légionnaires du 3e régiment étranger d’infanterie (REI), dépêchés par la France, se trouvent dans la ville depuis jeudi. Ils sont installés dans le bâtiment en construction d’une université et font des patrouilles dans les rues de la ville.
La rébellion contre l’ex-président Aristide avait commencé aux Gonaïves le 23 septembre 2003 au lendemain de la découverte du corps criblé de balles et mutilé d’Amiot Métayer, frère de Butteur Métayer et chef de l’armée Cannibale, un groupe armé inféodé à M. Aristide.
L’armée Cannibale sous l’impulsion de Butteur Métayer et de Winter Etienne, son porte-parole, s’était alors retournée contre le président haïtien qu’elle avait accusé publiquement de cet assassinat.
Les hommes de l’armée Cannibale devenue le Front de résistance révolutionnaire de l’Artibonite s’étaient ensuite joints à d’anciens militaires des Forces Armées du Nord de l’ex-commissaire Guy Philippe. Ils avaient pris le contrôle du nord du pays et annoncé leur intention de marcher sur Port-au-Prince au moment de la démission et du départ d’Haïti le 29 février d’Aristide et de son épouse.
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