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Dans la matinée du vendredi 11 avril, les quelques stations d’essence de la capitale haïtiennes qui fonctionnent sont littéralement envahies. De longues files d’automobilistes venus s’approvisionner aux produits pétroliers. Ceux-ci s’empressaient de faire le plein.
Nombreuses sont également les motocyclistes et les piétons munis de gallons qui étaient en quête de ce liquide devenu précieux. A Pétion-ville, Delmas, Canapé vert, au niveau de Lalue, à Carrefour, le même constat est fait. Et l’impatience générée par les longues heures d’attentes a obligé les agents de la police nationale à imposer la discipline dans les files pour prévenir les dérapages.
Seulement quelques unes des 60 stations services de la zone métropolitaine fonctionnent aujourd’hui. En effet, pas moins de « 22 » d’entre elles, cible des casseurs ayant opéré en marge des manifestations contre la « vie chère » du 7 au 9 avril à Port-au-Prince, gardent encore le pavillon baissé.
Parallèlement, certaines pompes à essence affichent fermée parce qu’elles sont simplement « en rupture de stock ». C’est le cas de Paul Reiha, gérant d’une station Esso, qui fait savoir que sa station « n’est pas approvisionnée en produits pétroliers depuis, le lundi 7 avril, à cause notamment des troubles ».
Comme l’explique Maurice Lafortune, président de l’Association nationale des distributeurs de produits pétroliers (Anadipp), la dernière livraison de nombre de station-sévices « remonte à huit jours alors qu’ils s’approvisionnent en principe 2 à 3 fois par semaine ».
Cette association qui regroupe la grande majorité des distributeurs avait « recommandé » hier à ses distributeurs « d’attendre la mise en place de mesures de sécurité appropriées par les autorités concernées pour recommencer à fonctionner. » Car, rappelle-t-il, c’est « la deuxième fois en quatre ans » que leurs entreprises sont ainsi saccagées par des casseurs.
La fermeture des pompes à essence n’est pas sans incidences sur les prix des différents produits qui se pratiquaient il y a tout juste une semaine. Ainsi des automobilistes rencontrés dans une station à Delmas affirment avoir payé 250 gourdes le gallon la gazoline 91 qui se vendait samedi dernier à 213 gourdes. Un autre explique avoir acheté à 213 gourdes le diesel qui coutait 152 gourdes/gallon la semaine dernière.
Devant l’affluence des pompistes se sont permis de limiter la quantité d’essence souhaitée, laquelle devient « objet de chantage », s’est plaint un automobiliste.
Pour George Sassine, Président de l’association des industries d’Haïti, il s’agit là d’une situation exceptionnelle : « c’est la rareté, le déséquilibre entre la demande et l’offre, qui provoque la montée des prix de l’essence ».
Cette situation n’est pas différente dans les villes de province, aux Gonaïves par exemple des chauffeurs de transport en commun commencent à élever la voix contre la montée des prix de l’essence.
De graves répercussions économiques sont à craindre
Egalement gérant d’un supermarché, Paul Reiha, souligne que son entreprise fonctionne grâce à une génératrice alimentée par carburant, craint que cette situation, si elle perdure, n’affecte le fonctionnement du supermarché. En effet, « les réserves dont nous disposons sont presque épuisées, et le rayon des produits frais ne pourra plus être approvisionné. Il faut noter, par ailleurs, que tout le système sera affecté, les ordinateurs ne pourront plus fonctionner. Nous seront obligés de fermer boutique », a-t-il fait observer.
L’économiste Eddy Labossière n’est pas optimiste pour l’avenir. Il croit que les prix des produits pétroliers et les produits alimentaires continueront de maintenir sa tendance à la hausse dans les 12 prochains mois.
La montée des prix de l’essence à la pompe préoccupe les économistes haïtiens qui craignent que cela se répercute sur le prix des produits de base sur le marché haïtien. Ils redoutent une nouvelle flambée des prix de ces produits.
Parallèlement à cette situation, la 2e ville du pays, le Cap-Haïtien, est plongée dans le noir depuis 5 jours à cause notamment de manque de carburant, avance le directeur régional de l’électricité d’Haïti, l’Ingénieur James Anselot Norca. Il dit attendre le retour au calme pour que des techniciens puissent rentrer au Cap-Haitien pour l’entretien des moteurs, également pour l’arrivée du carburant.
Et comme le fait remarquer l’économiste Labossière, il revient au gouvernement haïtien de s’adapter à la donne mondiale tout en adoptant des mesures d’accompagnement pour les plus vulnérables de la population.
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