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Un quartier de Cité-Soleil
J.-B. Aristide oubliait de l'argent alors que le peuple mourait de faim
Pourquoi "Titid" laissait-il pourrir l’argent des Haïtiens ?

7 mars 2004

"LE MONDE" --Plus de 200 000 dollars pourrissaient dans un coffre-fort enfoui sous la résidence de l’ex-président haïtien Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince. Attaqués par la moisissure, les billets de 100 dollars sont à peine lisibles. "Lorsque nous avons ouvert le coffre et découvert les billets en cinq liasses d’environ 50 000 dollars chacune, je n’en croyais pas mes yeux", dit Jean, un ancien partisan du président déchu qui cache son identité par peur de représailles. "Comment le président Aristide a-t-il pu laisser pourrir tant d’argent alors que son peuple se meurt de misère à La Saline, à Cité Soleil et à Bel Air -bidonvilles de la capitale-, ajoute cet artiste peintre en nous montrant un tas de billets inutilisables. S’il a pu oublier tant d’argent, c’est qu’il devait en avoir beaucoup, beaucoup plus."

Le coffre-fort éventré gît dans un tunnel creusé sous le salon principal de la résidence. Pour y accéder, il faut d’abord descendre dans une cave dont l’entrée était cachée sous le carrelage. Un mur de parpaings, enfoncé par les pillards, masquait l’accès au tunnel. La vaste résidence d’Aristide, à Tabarre, derrière l’aéroport de Port-au-Prince, a été saccagée au lendemain de son départ précipité. L’allée qui traverse le grand parc, ombragé par des manguiers, des pins et des palmiers, est jonchée d’objets et de documents abandonnés par les pillards : un piano à queue brisé en deux, un grand canapé.

Dans le grand salon du rez-de-chaussée, des paquets de photos - familiales et officielles - sont éparpillés près d’un coussin en forme de cœur sur lequel sont brodés les surnoms de l’ex-couple présidentiel, "Minouche et Titid". Vaisselle et mobilier de cuisine ont été emportés. A l’étage, outre un grand bureau dont les murs sont tapissés de rayonnages surmontés d’une rangée de diplômes reçus lors de ses tournées à l’étranger, Aristide disposait de plusieurs pièces pour ses archives, où il entassait des piles de livres dont il est l’auteur. Au-delà d’une terrasse, une salle est encombrée de dizaines de tableaux naïfs le représentant. "Un homme, un caractère en qui se cristallise la virtualité de la masse", lit-on au bas de l’un de ces portraits.

Jean-Michel Caroit