Une fillette reçoit sa dose d'AZT pendant le déjeuner dans un orphelinat pour enfants vivant avec le VIH/SIDA soutenu par l'UNICEF. mars 2004, Port-au-Prince.

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Regard sur la crise en Haïti, juin 2004
Ralph Midy, un agent de l'UNICEF qui est revenu de Cap-Haïtien, dans le nord du pays, évoque les graves conséquences économiques des troubles civils et le sort des enfants haïtiens, emportés par le chaos politique dans lequel le pays tout entier a plongé depuis un mois.
« Ce qui a le plus affecté les gens à Cap-Haïtien, c'est l'effondrement de l'économie. Je m'en suis aperçu en roulant un peu partout et en discutant avec les gens. J'ai visité des écoles et des hôpitaux. Avec la disparition de l'ordre public, et la brutale montée de l'insécurité, les prix ont grimpé en flèche, une catastrophe dans un pays aussi pauvre qu'Haïti », a dit M. Midy.
« Les gens avaient peur d'envoyer leurs enfants à l'école. Les autobus et les voitures ne roulaient plus parce qu'il n'y avait plus d'essence et ce qui était disponible coûtait un prix exorbitant », a-t-il affirmé.
Les enfants ont faim
En Haïti, où 85 pour cent des écoles sont privées, il n'y a qu'à l'école que la grande majorité des enfants peuvent compter sur un plat chaud. Aussi, lorsque l'école s'arrête, la meilleure source de nutrition se tarit, a expliqué M. Midy.
« Je voyais bien sur le visage de ces enfants qu'ils étaient fatigués, léthargiques, apathiques, et affamés. Affectivement, ils n'avaient plus de ressort. Cela fait un mois que la situation dure et un mois à avoir faim, c'est long pour un enfant », a-t-il dit.
« Et à cause de l'insécurité, cette situation se poursuit. Les stocks de nourriture de nombreuses écoles ont été pillés et même l'équipement dont on se sert pour préparer les repas a disparu. Les vivres que certaines écoles avaient reçus ont été volés ». A en croire M. Midy, les vivres volés sont vendus au marché pour un prix très élevé. Un pain est vendu au marché pour 12 gourdes (30 centimes de dollars E.-U.), une somme importante pour bien des familles.
« Les dispensaires fonctionnent mais pas à plein régime et sans le personnel habituel. Ils ne sont pas chers d'accès mais les gens ne peuvent même pas se les payer. La gestion de l'hôpital est difficile, l'administration doit investir les frais d'admission des patients dans l'achat de médicaments, a-t-il ajouté. Mais comme les gens en ce moment n'ont même pas assez pour acquitter ces frais d'admission, pourtant peu élevés, les hôpitaux donnent les médicaments et maintenant ils n'ont plus assez d'argent pour acheter de nouvelles fournitures. Les gens à l'hôpital ne sont même pas nourris. »
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