Femmes d'Haïti

Lieutenant Sanite Belair


1781(?) - 1802

Sanite, surnom de Suzanne, est une jeune affranchie originaire de Verrettes qui épouse en 1796 Charles Bélair, neveu, aide de camp et lieutenant bien en vue de Toussaint.

C'est en 1802, dans les retranchements escarpés des Matheux, théâtre, plus de deux mois durant, d’une prise d'armes de son époux contre l'expédition Leclerc, que cette jeune femme révéla, pour la première fois, à l'Histoire, son étonnante énergie. En effet, au cours de cette entreprise si périlleuse, Sanite, assistait inlassablement et presque en tout son époux. Elle fera d’ailleurs montre d’un tel acharnement... qu'elle finira, dit-on, par figurer comme l'âme même de la conjuration.

Dès les débuts de cette prise d'armes, Sanite, n'échappant nullement à l'atmosphère et aux couleurs aguerries de son temps, se révèlera vindicative et inexorable. Un des chefs d'accusation plus tard retenu contre elle n'est-il pas, au demeurant, l'ordre d'exécution, pour le moins sommaire, de ce jeune secrétaire blanc soupconné d'espionnage et dont, ainsi qu'il en avait été également d'autres généraux indigènes, s'était vu suspicieusement affublé Charles Bélair. En effet, en route pour les mornes de l'Arcahaie, «ils n'avaient pas parcouru un espace de cents toises que la citoyenne Sanite (...) qui partageait contre les Blancs toute la haine de son mari, déclara hautement qu'elle ne voulait pas donner des soins plus longtemps» à ce jeune Blanc. Ce dernier «tué à coups de sabre par les soldats de la huitième», les autorités n'en publièrent pas moins après que «Sannite, la brigande, avait de ses propres mains, sabré ce jeune blanc.»(1)

Quelques mois après ce soulèvement, lors d'une attaque surprise de Faustin Répussard au Corail-Mirrault où était restée cantonnée une partie des troupes de Charles Bélair parti en quête de renforts et de munitions, Sanite est faite prisonnière. Désespéré et ne trouvant pas mieux que de se résoudre à partager la captivité de sa femme, Bélair se rend. Le couple Bélair fut ensuite expédié à Leclerc. Ils sont condamnés six heures après leur arrivée au Cap: «La commission, considérant le grade militaire de Charles et le sexe de Sanite, son épouse, condamna ledit Bélair à être fusillé et ladite Sanite, sa femme à être décapitée».«Quand on le(Charles Bélair) plaça devant le détachement qui devait le fusiller, il entendit avec calme la voix de son épouse l'exhortant à mourir en brave. Au moment qu'il portait la main sur son cœur, il tomba, atteint de plusieurs balles à la tête”. Le jour de l'exécution, le 5 octobre 1802, Sanite, qui répugnait à mourir autrement qu'en soldat, exigea et obtint, non sans peine, de ses bourreaux d'être fusillée. En effet, “Sanite refusa de se laisser bander les yeux. Le bourreau, malgré ses efforts, ne put la courber contre le billot. L'officier qui commandait le détachement fut obligé de la faire fusiller.”(2)

(1) Madiou op. cit, Tome II, p362

(2) Madiou, id.

Texte de CLAUDE-NARCISSE, Jasmine (en collaboration avec Pierre-Richard NARCISSE).1997.- Mémoire de Femmes. Port-au-Prince : UNICEF-HAITI

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